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Comment utiliser sa résidence principale pour emprunter

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Avoir travaillé toute sa vie, remboursé jusqu'au dernier euro le crédit de sa maison, et terminer le mois avec quelques dizaines d'euros sur le compte courant. La situation touche un nombre croissant de propriétaires : près de sept personnes sur dix de plus de 60 ans détiennent leur logement, souvent estimé plus de 300 000 euros. Mais cette pierre ne paie ni les travaux, ni l'aide à domicile, ni le coup de pouce que l'on rêverait de donner à ses enfants.
 

Être riche ne suffit plus pour convaincre son banquier
Passé un certain âge, le guichet du crédit se referme, y compris pour des dossiers solvables. L'âge et l'absence de revenus salariaux rendent d'abord l'assurance emprunteur prohibitive. Son coût entre ensuite dans le taux annuel effectif global, qui ne peut dépasser le taux d'usure, plafond légal révisé chaque trimestre pour protéger les ménages des prêts abusifs. La seule prime d'assurance suffit alors à franchir ce seuil : la banque n'a plus le droit de prêter, même à un propriétaire prêt à en assumer le surcoût.
 

Or les revenus chutent de 30 à 45 % à la retraite, au moment précis où le robinet se ferme. Beaucoup se rabattent sur le crédit à la consommation, plus cher et plus risqué, quand dort sous le même toit un capital bien plus solide.
 

Emprunter sur sa maison sans la quitter
La solution la plus directe porte un nom austère : le prêt viager hypothécaire. Il consiste à emprunter une somme garantie par son logement tout en restant propriétaire et occupant, sans aucune mensualité. Le capital, versé en une fois ou converti en rente garantie à vie, n'est soldé, intérêts compris, qu'au décès ou à la vente du bien. Encadré en France depuis 2006, il reste largement méconnu.
 

Le montant dépend de la valeur du bien et, surtout, de l'âge, qui devient ici un atout : plus on est âgé, plus on peut mobiliser. Pour une maison de 300 000 euros, un retraité de 72 ans débloque en général jusqu'à 100 000 euros, une personne de 85 ans jusqu'à 150 000. La fourchette prêtée oscille entre 20 et 60 % de la valeur, sans condition de ressources ni questionnaire de santé.
 

Reste l'inquiétude légitime : léguer une dette à ses enfants. Un propriétaire de 65 ans détenant un bien de 560 000 euros emprunte 150 000 euros ; quinze ans plus tard, la maison vaut 811 000 euros et le crédit en coûte 274 000. Les héritiers remboursent et gardent la maison, ou la vendent : la dette ne peut jamais excéder la valeur du bien, et l'excédent leur revient.
 

Ces atouts ont un prix : un taux global autour de 7,6 % sur quinze ans et des intérêts qui se capitalisent faute de mensualités, si bien que l'addition grossit d'autant plus que l'emprunteur vit longtemps. Les règles sont strictes : bien d'habitation en France métropolitaine, valeur supérieure à 150 000 euros, entretien à la charge de l'emprunteur et signature devant notaire.
 

Rester chez soi, sortir des dettes, transmettre à temps
Une retraitée de 80 ans, propriétaire d'un mas de 500 000 euros, a emprunté 112 000 euros pour adapter son logement à ses douleurs chroniques et rester chez elle. Un couple écrasé par des crédits contractés pour aider ses enfants a soldé toutes ses dettes avec 110 000 euros.
 

Le troisième usage est le plus stratégique : transmettre au bon moment. L'héritage représente désormais 60 % du patrimoine des ménages, contre 35 % au début des années 1970. Mais on hérite autour de 50 ans, et ce sera 58 ans au milieu du siècle, quand les enfants ont bouclé l'essentiel : logement, famille, carrière. L'argent arrive lorsqu'il ne change plus grand-chose. Mobiliser son logement inverse ce calendrier et permet de donner de son vivant, même sans épargne.
 

D'autres clés
Pour les patrimoines plus lourds ou les profils encore actifs, le crédit hypothécaire classique adosse un financement à un bien déjà détenu : des mensualités, mais des montants bien supérieurs. Une autre voie contourne l'emprunt : la vente d'une quote-part du logement à un investisseur, le vendeur restant copropriétaire et occupant, sans dette qui court. Pour un bien de 500 000 euros et un besoin de 50 000 euros, il faut céder environ 18 à 19 % de la propriété, l'écart couvrant les frais et la rémunération de l'investisseur.
Aucune formule n'est universelle : l'arbitrage dépend de l'âge, de la valeur du bien, des intentions de transmission et de l'usage des fonds. Reste le vrai verrou, qui n'est pas financier mais informationnel : la grande majorité des notaires et des conseillers en gestion de patrimoine n'évoquent jamais spontanément ces dispositifs.